Le suivi de la trésorerie : une priorité que l’on remet toujours à demain

Rentabilité et trésorerie : deux réalités bien différentes
Beaucoup de dirigeants de PME font la même confusion : parce que leur entreprise est rentable, ils pensent qu’elle est en bonne santé financière. Ce n’est pas toujours vrai.
La rentabilité mesure si votre activité génère plus de produits que de charges. La trésorerie, elle, mesure si vous avez l’argent disponible au bon moment pour faire face à vos obligations. Ce sont deux choses différentes, et l’une ne garantit pas l’autre.
Des entreprises tout à fait rentables déposent leur bilan chaque année, simplement parce qu’elles n’ont pas su gérer leurs flux de trésorerie. Ce n’est pas une fatalité. C’est souvent le résultat d’un manque de suivi et d’anticipation.
Le cas de Sophie, gérante d’un salon de coiffure
Sophie dirige depuis cinq ans un salon de coiffure dans une ville de taille moyenne. Son activité fonctionne bien. Elle a une clientèle fidèle, quatre salariées, et elle a même ouvert un deuxième salon l’année dernière. Les comptes de l’année écoulée sont bons, l’activité est rentable. Elle n’a pas de raison particulière de s’inquiéter.
Pourtant, au mois de janvier, Sophie se retrouve dans l’impossibilité de faire face à toutes ses échéances.
Voici comment cette situation s’est construite, progressivement et sans qu’elle s’en rende vraiment compte.
En octobre, elle a engagé 18 000 euros pour équiper le nouveau salon. Des dépenses nécessaires, bien réelles, mais qui ont entamé ses réserves. En novembre et décembre, elle a constitué un stock de produits capillaires pour les fêtes, ce qui représente 6 000 euros supplémentaires. Ces achats lui ont semblé raisonnables compte tenu du chiffre d’affaires habituel de fin d’année.
Puis arrive janvier. Les charges sociales du trimestre, le loyer des deux salons, les salaires des quatre salariées : en tout, plus de 21 000 euros de sorties sur le mois. Dans le même temps, l’activité est au ralenti, comme c’est toujours le cas après les fêtes. Les encaissements du mois plafonnent à 14 000 euros.
Sophie se retrouve avec un besoin de 7 000 euros qu’elle n’a pas. Elle appelle sa banque en urgence pour obtenir un découvert. La banque accepte, mais dans des conditions moins favorables que si la demande avait été faite en amont. Sophie s’en sort, mais elle a eu très peur. Et elle sait qu’elle aurait pu éviter cette situation.
Ce qui s’est passé, et pourquoi c’est si fréquent
En analysant la situation de Sophie, on retrouve des erreurs que beaucoup de dirigeants commettent, non pas par négligence, mais par manque d’outils ou d’habitudes.
Elle n’avait pas de vision à moyen terme. Sophie regardait régulièrement le solde de son compte bancaire. Mais un solde bancaire ne vous dit pas ce qui va se passer dans six semaines. Il vous dit où vous en êtes aujourd’hui, rien de plus. Sans tableau prévisionnel, elle n’a pas anticipé le creux de janvier.
Elle connaissait la saisonnalité de son activité, mais ne l’avait pas traduite en chiffres. Tout le monde sait que janvier est un mois difficile dans la coiffure. Sophie le savait. Mais le savoir ne suffit pas si on n’en tire pas de conséquences concrètes sur la gestion de sa trésorerie.
Elle a cumulé des dépenses importantes sur une courte période. L’investissement dans le nouveau salon et les achats de stocks en fin d’année étaient chacun justifiés. Mais leur cumul, sans tenir compte de ce qui allait arriver en janvier, a fragilisé sa situation.
Ce qu’il convient de faire
Gérer correctement sa trésorerie ne demande pas de compétences financières particulières de la part du dirigeant. Ce qu’il faut, c’est de la méthode, de la régularité et le bon accompagnement.
Quelques habitudes simples suffisent à éviter les mauvaises surprises.
Tenir un tableau prévisionnel sur trois mois. Chaque mois, listez les encaissements que vous attendez et les décaissements que vous savez venir. Ce tableau n’a pas besoin d’être sophistiqué. L’important est qu’il soit tenu régulièrement et qu’il vous donne une visibilité sur les semaines à venir. C’est cet outil qui permet d’agir avant d’être en difficulté.
Conserver une réserve de sécurité. Une entreprise bien gérée dispose en permanence d’un matelas de trésorerie équivalent à un ou deux mois de charges fixes. Pour Sophie, cela représente environ 20 000 euros. Cette réserve n’est pas de l’argent immobilisé inutilement. C’est une assurance contre les imprévus.
Planifier les périodes de tension. Certains mois sont structurellement plus lourds que d’autres : échéances de charges sociales, renouvellements de contrats, périodes creuses. Ces moments sont prévisibles. Il faut les identifier et commencer à les préparer financièrement bien en avance.
Parler à son banquier avant d’en avoir besoin. Un banquier qui reçoit un client serein, qui vient lui présenter sa situation et anticiper un besoin ponctuel, sera toujours plus favorable qu’un banquier sollicité en urgence par un client en difficulté. La relation bancaire se construit dans les bons moments pour tenir dans les moments difficiles.
Pour conclure : le rôle clé de l’expert-comptable dans le suivi de votre trésorerie
La trésorerie n’est pas un sujet réservé aux financiers. C’est le quotidien de tout dirigeant de PME. Négliger son suivi, c’est accepter de naviguer sans visibilité, en espérant que tout se passera bien.
Sophie s’en est sortie. Mais elle a retenu la leçon. Depuis, elle tient un tableau prévisionnel chaque mois avec son expert-comptable, et elle dort mieux.
Beaucoup de dirigeants pensent que leur expert-comptable intervient essentiellement en fin d’année, pour établir le bilan et les comptes annuels. C’est une vision trop restrictive de ce qu’il peut apporter. Un expert-comptable qui connaît bien votre entreprise est en mesure de vous accompagner tout au long de l’année sur le suivi de votre trésorerie : construction du tableau prévisionnel, analyse des écarts entre ce qui était prévu et ce qui s’est réellement passé, identification des périodes de tension à venir, conseils sur les leviers d’action disponibles.
Cet accompagnement régulier change la nature même de la relation. On ne parle plus seulement de ce qui s’est passé, on anticipe ce qui va se passer. C’est une différence fondamentale pour un chef d’entreprise qui doit prendre des décisions au quotidien.
Si vous n’avez pas encore mis en place ce type de suivi avec votre expert-comptable, c’est le bon moment pour en parler. Non pas parce que votre situation est préoccupante, mais parce que mieux vaut construire ces habitudes dans les périodes calmes plutôt que d’attendre d’être sous pression.
La trésorerie se pilote. Elle ne se subit pas. Et avec le bon accompagnement, c’est tout à fait à la portée de n’importe quelle entreprise, quelle que soit sa taille TPE ou PME, ou son secteur d’activité.
Rédigé par Emilia Faurie, Expert-comptable associée du GROUPE IXEHO
